05 Септември 2011

La vérandah



Au tintement de l'eau dans les porphyres roux
Les rosiers de l'Iran mêlent leurs frais murmures,
Et les ramiers rêveurs leurs roucoulements doux.
Tandis que l'oiseau grêle et le frelon jaloux,
Sifflant et bourdonnant, mordent les figues mûres,
Les rosiers de l'Iran mêlent leurs frais murmures
Au tintement de l'eau dans les porphyres roux.

Sous les treillis d'argent de la vérandah close,
Dans l'air tiède, embaumé de l'odeur des jasmins,
Où la splendeur du jour darde une flèche rose,
La Persane royale, immobile, repose,
Derrière son col brun croisant ses belles mains,
Dans l'air tiède, embaumé de l'odeur des jasmins,
Sous les treillis d'argent de la vérandah close.

Jusqu'aux lèvres que l'ambre arrondi baise encor,
Du cristal d'où s'échappe une vapeur subtile
Qui monte en tourbillons légers et prend l'essor,
Sur les coussins de soie écarlate, aux fleurs d'or,
La branche du hûka rôde comme un reptile
Du cristal d'où s'échappe une vapeur subtile
Jusqu'aux lèvres que l'ambre arrondi baise encor.

Deux rayons noirs, chargés d'une muette ivresse,
Sortent de ses longs yeux entr'ouverts à demi ;
Un songe l'enveloppe, un souffle la caresse ;
Et parce que l'effluve invincible l'oppresse,
Parce que son beau sein qui se gonfle a frémi,
Sortent de ses longs yeux entr'ouverts à demi
Deux rayons noirs, chargés d'une muette ivresse.

Et l'eau vive s'endort dans les porphyres roux,
Les rosiers de l'Iran ont cessé leurs murmures,
Et les ramiers rêveurs leurs roucoulements doux.
Tout se tait. L'oiseau grêle et le frelon jaloux
Ne se querellent plus autour des figues mûres.
Les rosiers de l'Iran ont cessé leurs murmures,
Et l'eau vive s'endort dans les porphyres roux.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894)

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14 Януари 2010

Френски език: Знаете ли че...


Знаете ли че...
Френският език (le français, la langue française) е трети сред романските езици по отношение на броя на хората, които го говорят като роден език, след испанския и португалския. Френският е майчин език на 109 милиона души, а на други 264 милиона е втори език.

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03 Декември 2009

Quel royaume oublié?

Je vous présente
Ma poésie: c'est une île qui vole
de livre en livre
à la recherche
de sa page natale,
puis s'arrête chez moi, les deux ailes blessées,
pour ses repas de chair et de paroles froides.

J'ai payé cher le voisinage du poème!
Mes meilleurs mots se couchent dans l'ortie;
mes plus vertes syllabes rêvent,
et c'est d'un silence jeune comme elles.

Offrez-moi l'horizon qui n'ose plus
traverser un seul livre à la nage.
Je vous donne en retour ce sonnet:
c'est là que vivent les oiseaux
signés par l'océan;
puis ces hautes consonnes
d'où l'on observe les tumeurs
au cerveau des étoiles.

Fabricants d'équateur,
a quel client, a quel nomade
qui ne sait lire ni aimer,
avez-vous revendu mon poème,
ce fauve souriant qui a chaque syllabe
me sautait a la gorge ?

Mon langage est en berne
depuis que mes syllabes
se sont sauvées en emportant,
comme on emporte des cadeaux de noces,
toutes mes aubes de rechange.

Mon poème, j'ai beau te congédier
comme un valet qui depuis vingt-cinq ans
vole mes neiges manuscrites ;
j'ai beau te promener en laisse
comme un caniche
qui craint de piétiner l'aurore ;
j'ai beau te caresser,
un équateur autour du cou
qui dévore une a une mes autres images,
à chaque souffle je te recommence,
à chaque souffle tu deviens mon épitaphe.

I1 y a eu duel
entre les mots et leurs syllabes,
puis mise a mort des poèmes trop riches.
Le langage a saigné,
la dernière voyelle s'est rendue.
Déjà on conjuguait les grands reptiles.

Voici mon testament:
la panthère qui suit mon alphabet
devra le dévorer, s'il se retourne.

Alain Bosquet

09 Декември 2008

Saison des semailles. Le soir

C'est le moment crépusculaire.

J'admire, assis sous un portail,

Ce reste de jour dont s'éclaire

La dernière heure du travail.


Dans les terres, de nuit baignées,

Je contemple, ému, les haillons

D'un vieillard qui jette à poignées

La moisson future aux sillons.


Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours.

On sent à quel point il doit croire

A la fuite utile des jours.


Il marche dans la plaine immense,

Va, vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main, et recommence,

Et je médite, obscur témoin,


Pendant que, déployant ses voiles,

L'ombre, où se mêle une rumeur,

Semble élargir jusqu'aux étoiles

Le geste auguste du semeur.

Victor HUGO

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Leçons de Bulgare

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25 Ноември 2008

Adieu

Hélas ! je n'étais pas fait pour cette haine
Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai.
Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine
Et pourquoi m'avoir fait ce coeur outragé ?

J'étais né pour plaire à toute âme un peu fière,
Sorte d'homme en rêve et capable du mieux,
Parfois tout sourire et parfois tout prière,
Et toujours des cieux attendris dans les yeux ;

Toujours la bonté des caresses sincères,
En dépit de tout et quoi qu'il y parût,
Toujours la pudeur des hontes nécessaires
Dans l'argent brutal et les stupeurs du rut ;

Toujours le pardon, toujours le sacrifice !
J'eus plus d'un des torts, mais j'avais tous les soins.
Votre mère était tendrement ma complice,
Qui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.

Elle n'aimait pas que par vous je souffrisse.
Elle est morte et j'ai prié sur son tombeau ;
Mais je doute fort qu'elle approuve et bénisse
La chose actuelle et trouve cela beau.

Et j'ai peur aussi, nous en terre, de croire
Que le pauvre enfant, votre fils et le mien,
Ne vénérera pas trop votre mémoire,
Ô vous sans égard pour le mien et le tien.

Je n'étais pas fait pour dire de ces choses,
Moi dont la parole exhalait autrefois
Un épithalame en des apothéoses,
Ce chant du matin où mentait votre voix.

J'étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,
Pour les consoler un peu d'un monde impur,
Cimier d'or chanteur et tunique de flammes,
Moi le Chevalier qui saigne sur azur,

Moi qui dois mourir d'une mort douce et chaste
Dont le cygne et l'aigle encor seront jaloux,
Dans l'honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,

Dans la gloire aussi des Illustres Époux !

Paul VERLAINE (1844-1896)

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Leçons de Bulgare

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20 Октомври 2008

" Où es-tu ? ", disait-elle, errant sur le rivage

Où des saules trempaient leurs feuillages tremblants ;

Et des larmes d'argent coulaient dans ses doigts blancs

Quand elle s'arrêtait, les mains sur son visage.



Et lui, errant aussi sur un sable sauvage

Où des joncs exhalaient de longs soupirs dolents,

Sous la mort du soleil, au bord des flots sanglants,

S'écriait : " Où es-tu ? ", tordant ses mains de rage.



Les échos qui portaient leurs appels douloureux

Se rencontraient en l'air, et les mêlaient entre eux

En une plainte unique à la fois grave et tendre ;



Mais eux, que séparait un seul pli de terrain,

Plus désespérément se cherchèrent en vain,

Sans jamais s'entrevoir et sans jamais s'entendre.



Auguste ANGELLIER (1848-1911)